Émergeant à peine d’un rude hiver, comme en témoignent les monticules de neige crasseuse dans ses rues, Detroit se prend à rêver d’un printemps qui ne soit pas seulement climatique. La métropole des Grands Lacs, épicentre du vieux cœur industriel de l’Amérique, la « rust belt », a pris de plein fouet, en 2008, la grande récession et la crise de l’automobile, d’une violence inouïe. Aujourd’hui, toute la machine économique américaine est repartie. Et Detroit et l’État du Michigan ont gagné leur part du gâteau dans ce qu’ils savent le mieux faire : des voitures. La production du Michigan avait touché un plus bas historique à 1,1 million de véhicules en 2009. L’an passé, pas moins de 2,6 millions de véhicules sont sortis des lignes d’assemblage de « Motor Town » et de son écosystème régional.

En décembre, la production a bondi de 9,1 %. Depuis trois ans, General Motors (GM), Ford et Fiat Chrysler ont réinvesti des centaines de millions de dollars dans leurs usines de la région autour de produits phares, comme la nouvelle version du pick-up F150 de Ford ou le futur véhicule électrique Bolt de GM. Sur les terres de Henry Ford ou de Cadillac, il ne s’agit pas que de sentimentalisme historique pour les « Big three ». À côté du méga plan fédéral de soutien au secteur automobile lancé par Barack Obama au plus fort de la crise ou des concessions sociales acceptées par le puissant syndicat UAW, le Michigan a consenti, à lui seul, 2,9 milliards de dollars d’exemptions fiscales au secteur ! Le prix de la survie face aux usines ultramodernes des États du sud des États-Unis, où prospèrent les constructeurs asiatiques et européens. Le Michigan, qui a réalisé en décembre 23,4 % de la production automobile américaine, retrouve des couleurs.

Y compris sur le front de l’emploi. Son taux de chômage (13,2 % en 2010) a retrouvé en décembre son meilleur niveau depuis treize ans, à 6,3 %. Pourtant, en voyant les maisons à l’abandon ou incendiées dans les banlieues et « downtown », les immeubles vides et les chantiers arrêtés, on mesure que Detroit et ses structures sociales sont littéralement cassés. La municipalité a beau être officiellement sortie de sa situation de faillite en décembre, c’est une maigre victoire. Écrasée de dettes, Detroit peine à assurer les services de base. Et si son taux de chômage recule, c’est aussi que la région se vide de ses habitants, donc de ses compétences. Le patron de Paslin, une PME de haute technologie du nord de Detroit, spécialisée dans l’intégration des lignes de soudage, confie : « Je pourrais augmenter mon effectif de 20 %, mais je ne trouve pas le personnel qualifié prêt à s’installer ici. » « Motor Town » n’est plus mourante, mais pas encore vibrante.